I must not fear. Fear is the mind-killer. Fear is the little-death that brings total obliteration. I will face my fear. I will permit it to pass over me and through me. And when it has gone past I will turn the inner eye to see its path. Where the fear has gone there will be nothing. Only I will remain…

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[Tu seras un homme mon fils]

 

Je ne suis qu’un mendiant mais j’ai de l’écolier

Le front étincelant et les poches chargées…

J’ai beau rêver debout je ne suis pas chevalier

Je ne sauve ni roi ni princesse en danger

 

Je crois toujours aux fées et même sans le sou…

Inutile fardeau qui a conquis des larmes

Le gout amer et doux du sel de ses dessous

Je veux ne plus me battre et rendre là mes armes…

 

 

Et laisser le soleil éclairer nos matins

Rebondir sur nos pas en déroulant le jour

Et glisser sur nos corps pour embrasser mutin

Ta peau de soie qui sent si bon le rire amour…

 

Je veux ne plus me battre et rendre là les armes

Je ne suis pas ce prince adoré des madones

Et j’ai vu dans leurs yeux comme un ciel gris de Parme

A damner les doués et les cœurs qui s’étonnent …

 

Décevoir au vent mauvais et ne pas être digne

On me disait béni et pourtant mon étoile

A fait au bleu du ciel une tache maligne

Un cancer du bonheur comme un bateau sans voiles…

 

Décevoir au vent mauvais et ne pas être digne

Voila mon équipage et ma barque embrumée !

Je reste sur le quai à guetter tous les signes

Bruits de pas légers lumières allumées…

 

Amour est ma fortune et mon seul blanc navire

Ni maison ni argent juste un cœur et ses lignes…

Je dois me relever ne pas les voir me fuir

Ne plus les décevoir et enfin être digne…

[Fugue]

Nous sommes allés à l’Opéra. On y jouait du Ravel : Daphnis et Chloé, Petits jeux d’eau, et surtout le Boléro. La salle était comble, et je frissonnai d’aise en découvrant tout ce décorum baroque : les loges et les balcons, à l’unisson avec le parterre trépidaient d’une même rumeur irréelle, paroles et bruits, insignifiants devant la sourde vibration de cette cathédrale élevé en l’honneur du Dieu Musique.

Et la lumière s’éclipsa…

Une danseuse vêtue à la mode orientale apparut alors sur la scène. Elle esquissa quelques pas, subtiles arabesques, puis s’immobilisa soudainement en position fœtale au milieu des planches. Une discrète mélodie s’envolait au fur et à mesure que pénétraient sur scène des danseurs masqués.

Le Boléro est une œuvre envoûtante, qui doit son pouvoir de fascination à un subtil mélange d’exotisme et de raffinement : par dix-huit fois, deux mélodies aux sonorités espagnoles et mauresques s’entrecroisent, et ce sans la moindre altération harmonique ou rythmique. L’attrait de cette musique résulte de l’énergie du rythme lancinant imposé par le martèlement des tambours, admirable métronome qui agit sur le métabolisme de l’auditeur. Les deux mélodies sont à chaque fois entonnées par des instruments différents, ce qui rompt formidablement la monotonie de la structure.

Nous étions sous le charme, main dans la main, emportés. La sonorité de l’orchestre prenait de l’ampleur, et je ressentais la moindre note en moi, la musique galopait, passait du pianissimo au fortissimo. Sous l’impulsion d’un crescendo des plus sauvages où les corps de grâce s’érotisaient en danses de feu, j’oubliai tout : il n’y avait plus que la musique, l’acte d’amour mimé par les danseurs, et la paume moite de ma douce crispé sur ma cuisse. Le point culminant de l’œuvre arriva enfin, de l’ut on passait au mi mineur, empruntant d’audacieuses glissades de trombones pour survoler le frisson d’extase qui remuait la foule des spectateurs : la pression quasi-charnelle qui s’exerçait sur nous disparut alors peu à peu tandis que s’élevait la descente finale.

La salle jaillit alors comme un seul homme pour crépiter d’applaudissements stupéfaits en direction du chef d’orchestre, qui s’inclina plus bas que sol, baguettes tendues, le corps agité de soubresauts humides.

Et elle m’offrit sa bouche sucrée. Et tandis que je l’embrassai résonnait encore en moi,  comme un écho tenace, la mélodie syncopée du Boléro…

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[OULIPO 2]

REGLE : écrire un texte comportant les mots suivants : “jouvence, vital, énergie, combat, quête, sensations, esprit, connecteurs, ivresse, désir, abstraction, rythme, sacrifice, charnel, lumière, complexité,cassure, trace, liberté, affabulation, camélia, fusionnel, encodage, irascible, allitération”

*

La fontaine de jouvence Energie vitale tu me fuis, j’ai beau me lancer dans un combat acharné, je ne vois d’autres solutions pour mon salut que la quête de cette fontaine magique… Fermer les yeux et se laisser bercer par les sensations contradictoires, l’esprit viscéralement frénétique. Laisser  les synapses et tous les connecteurs chimiques de mon cerveau me griser vers cette ivresse, ce désir d’abstraction, en rythme avec le sacrifice de ma raison. Car charnelest le chemin qui mène à la fontaine et ses allées de lumière… La complexité de mes émotions kaléidoscopes a provoqué une cassure dans mon continuum espace-temps. Je cherche en vain la trace, la voix qui m’appellera vers la liberté. En attendant je n’ouïs qu’affabulations et sirènes. Fontaine existes-tu ? Je suis l’incarnation du désir fait larmes. Je porte mon crucifix à l’envers mais je ne salue pas les diables : j’ai trop de soleil en moi. S’il fallait procéder à une extraction de matière grise, on trouverait dans les sillons de mon cerveau les germes d’une asphyxie d’espoir…

Je fais pousser à mon rocher un parterre de camélias pour que tu puisses y marcher pieds nus sans te blesser.  Je n’envisage que des réactions fusionnelles, à mélanger nos mains, nos cœur, nos sexes, nos vies. L’encodage de ma raison est crypté sur la clé de ton cœur : j’ai beau être irascible comme un irlandais, l’ire de mon hiver a croisé ton iris… Irréversible. Irrévocable… Et pardon pour l’allitération


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[Casino]

Le fard est dardé de passion. Une robe rouge vif qui tranche avec le brun de sa peau. On devine sa poitrine sous la fine étoffe. Le dur de ses hanches a le tranchant des hivers torrides passés sous la couette à regarder fondre l’émoi… Parfois elle se retourne et jette aux spectateurs d’un soir le plus feu des regards.  A table, le désir est plus que palpable. Ses ongles  incarnats caressent les cartes. Dans la moiteur ambiante des sunlights et du strass, sa langue se hasarde souvent sur sa lèvre supérieure, comme pour ramener à la vie une bajoue trop mordillée, passant d’une commissure à l’autre en un éclair…

Ils ne sont plus que deux. L’homme la dévisage sans arrêt, cherchant à lire son jeu. Je vois à la dilatation de ses pupilles, à sa main crispée sur sa pile de jetons, à cette moiteur des sourcils qui le fait plisser des yeux qu’il ne pense pas qu’aux cartes. Son regard semble s’être fondu dans le généreux décolleté de la robe rouge…

Autour d’eux se massent de plus en plus de monde. On approche de la fin de la partie, et malgré le bruit assourdissant généré par le cliquetis des machines à sous, le brouhaha des badauds, l’entrechoquement des verres d’alcool, le silence semble avoir pris place en compagnie des deux joueurs. Il y a sur la table plus de cent mille dollars, et cette paire d’As insolente qui semble promettre à l’homme la victoire…

Tout doucement, elle remonte sa bretelle droite, provoquant un frisson d’émoi dans l’assistance : même le croupier y va de son coup d’œil prolongé, la faute à ces seins qui semblent la précéder d’une bonne longueur en tout lieu… Puis l’air de rien, elle vide d’un trait son verre de champagne, se levant de sa chaise dans le même mouvement, la tête en arrière, la gorge déployée, comme offerte. Et plus elle rafraichissait son palais, plus celui des hommes présents s’asséchait…

Reposant la coupe sur le liseré en bois de la table verte, elle avance alors tous ses jetons, semblant mettre au défi, toujours debout, son adversaire. Des applaudissements se firent entendre  un peu partout. Le rapport de force s’inversait : tapis pour un Roi et un Valet de pique, contre ces deux As et les quelques jetons de leur propriétaire…

Bluff ?

Elle profita de ce moment de flottement pour se pencher vers le croupier et lui glisser un pourboire, ce qui eut pour effet de dévoiler un peu plus cette merveilleuse poitrine qu’on croirait tout droit sortie d’un film de Fellini… Et comme par symétrie, la courbette accentua aussi le délié de ses hanches et le plein de ses fesses. C’est sans doute cette vision des plus impertinentes, cette robe qui semblait dessinée sur la peau de la joueuse, qui acheva de motiver son adversaire. Lui aussi avançait tous ses jetons, le regard un peu torve, l’air perdu entre l’appât du gain et le désir…

Je surprenais plus d’un homme présent la bave virtuelle aux lèvres, essayant sans doute de répondre à la question que l’absence de coutures sur sa robe avait soulevé : nue ou pas nue sous ce rouge ?

Le croupier allait continuer la distribution des cartes : flop, tournant puis rivière… Une à une les cartes tombent, sans appel : d’abord un As de pique, un Huit de trèfle et un Valet de cœur. L’homme est en tête avec son brelan d’As, à peine inquiété par une paire de Valets. Puis le suspense est relancé avec cette Dame de pique, qui offre la perspective d’une Quinte Flush…  Ne manque plus qu’une carte… La brune a planté son regard dans les yeux de son opposant. Lui imagine la consoler avec ses gains, et qui sait, pourquoi pas réussir à lui faire retirer cette robe. Elle ne pense qu’à en finir avec cette partie pour retrouver son amour.  Le croupier un brin théâtral semble être de mèche avec l’Horloge : la dernière carte est dans ses mains, et prend tout son temps pour se jeter à table…

10 de pique ! Quinte Royal gagne !

La mine déconfite du perdant n’a d’égal que le port altier et fier de son bourreau. Le pauvre n’a même pas le temps d’être fair-play : la robe rouge semble flamboyer à présent. Debout, elle ondule de toutes ses formes pour chercher un regard tout en rassemblant ses gains. Elle évite son malheureux adversaire, qui aura décidément tout perdu ce soir forcé qu’il est de remballer sa drague, et se faufile dans une foule ravie de pouvoir frôler ce corps, cette femme, ce désir incarné.

Un large sourire illumine sa féminité : elle a trouvé l’objet de son désir.

Elle me regarde.  Me remercie d’avoir attendu. Puis m’embrasse sous le regard ébahi du croupier, du perdant et des badauds : elle brune de force et d’érotisme, moi blonde de feu et de sensualité. Nos deux robes se mêlent l’une à l’autre. Et nos lèvres et nos cuisses et nos mains…

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[OULIPO]

REGLE : écrire un texte comportant les mots suivants :” luminescent, acropole, kénophobie, tarabiscoté, mielleux, miasme, suffragette, usufruit, combler, habituel, dépenaillé, exocet, providentiel, languide, cabotin, beffroi, nervi, tempo, voilage, hasard”

*

Je vous raconte une histoire… Sortie de ma tête par hasard…

La nouvelle m’avait frappée  de plein fouet. Comme un exocet sur Bagdad un soir de couvre-feu. Elle ne pouvait pas me faire ça ! J’ai cavalé à en perdre haleine, complètement dépenaillé, le souffle haletant couvert par le glas des cloches du beffroi. Il me restait douze coups pour arriver au Nervi, douze coups pour descendre jusqu’au port, douze coups pour quitter Gênes avec toi ! Les globes luminescents qui éclairaient ma cavalcade étiraient sur mon chemin les ombres tarabiscotées des passants qui s’écartaient devant ma course folle : mon tempo infernal les amusait : on me prenait pour un cabotin, tout droit sorti de la Commedia dell’arte. J’ai fini par bousculer une vieille dame,  sans doute une de ces ex-suffragettes, toujours aussi vigoureuse, qui pesta contre moi, et en même temps que d’innombrables miasmes, me cracha des insultes à travers son voilage. J’en fus désorienté, je n’entendais même plus les cloches : était-il trop tard ? Je déviai de mon itinéraire habituel, en empruntant le passage souterrain. Il y faisait noir à y combler une tombe, mais je surmontai ma kénophobie pour ne penser qu’à elle et à sa fuite, et ce bateau que je devais atteindre avant qu’il ne lève l’ancre… Je revoyais son regard languide, et je me disais que j’aurais du savoir y lire son désespoir… Enfin, les odeurs providentielles, d’iode et de vent, de poissons et d’essence… Je sortais du tunnel piéton pour poser mes yeux, presque par hasard, sur le Lioubov. Je me suis remis à courir vers le paquebot encore à quai, fouillant de mes yeux la foule des voyageurs et  je l’ai trouvée tout de suite : elle se tenait à la balustrade, le regard perdu… C’est alors que la sirène a retentit… La fumée blanche qui s’échappait des cheminées devenait noire… J’ai accéléré, malgré ma poitrine blessée, malgré les pointes au cœur, et j’ai écarté d’un revers du bras les deux mousses qui voulaient ranger la passerelle. On me regardait. Elle me regardait… Il ne me fallut pas longtemps pour la rejoindre. Elle souriait.

-Tu allais partir sans me dire au revoir ?

L’Acropole me manque…

- Et nous ?

- Mon mari…

- …est un goujat qui ne te rend pas heureuse…

Nous n’avons jamais terminé cette conversation. Le service de sécurité arrivait à notre hauteur.  Je l’ai regardée dans les yeux, et j’ai compris ce qu’elle attendait. L’usufruit qu’elle réclamait à l’amour se passait de mots.  Je l’ai attrapée par les mains, et nous avons plongé dans cette eau froide encore des restes de la nuit, malgré le Soleil levant, malgré les moteurs et le gasoil. Nous sommes restés longtemps agrippés l’un à l’autre. Nous avons rigolé comme des enfants, fait l’amour comme des amants, et nous n’avons pas dit un mot de la journée. Rien de mielleux. Aucune promesse. Pas besoin. Nous savions déjà que tout était écrit…”

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[Coda]

Le langage des yeux est le langage de l’âme. Il dit bien plus que ce que l’on avoue, il dit les désirs, il dit les rêves, il dit le cœur. Je lui ai souvent demandé de voir les fleurs et les fées qui s’agitent à l’intérieur, de sentir les arbres, d’écouter la mer et les sirènes, le vent dans les cheveux et l’arc-en-ciel qui siffle. Et juste après, je lui disais Je t’aime…

Notre premier baiser est de ceux que l’on n’oublie pas. Je lui avais tendu la main et elle m’avait pris la bouche : il y coulait un hydromel aux senteurs de bois, exquise couche de plaisirs palpitants.

Le dernier non plus …

Il neigeait ce jour là. D’énormes flocons opaques, aussi légers que les ailes d’un papillon. Dans les rues de la ville, des enfants ravis jouaient à la guerre. Il y avait dans leurs jeux toute l’insolente naïveté de leur age, cette insouciance fragile, cette folle poésie qui les fait s’entretuer  coups de boules de neige. Puis arrive l’age où l’on se persuade que l’on a plus peur du noir. Et les fusils recouvrent la ville de balles, trouant la neige en rouge…

Malgré l’appel du jour en blanc, nous étions toujours au lit, et elle me donnait le sein. Son corps nu s’agitait sous le mien, et dans la chaleur de la chambre s’entrechoquaient nos soupirs.  Nous avons crié d’un même chœur. Elle fut récompensée la première mais je ne tardai pas à la rejoindre, frémissant de joie et de bien plus encore. Le visage clos, effacés derrière l’amour en fleurs de désir, nous écoutions battre nos cœurs. Dehors, la neige coulait à flots. J’aime l’hiver, c’est la saison des pastels et des couleurs vives de la ville en fête. Tout y est étouffé : l’éclat du soleil, le bruit de la circulation, l’écume au sommet des vagues et des chopes de bière. Les trottoirs étaient gris de monde. Le facteur, un brave homme, un des rares qui viennent frapper à notre porte avec le sourire, s’amusait à glisser le long de l’allée verglacée. Des vieilles dames se retournaient en le fusillant du regard…

Toutes les villes ne se ressemblent pas, mais les gens sont les mêmes. Il y a dans leurs yeux tout le noir de leur cœur. Si les miens sont beaux, c’est uniquement parce qu’ils réfléchissent l’image de l’amour au quotidien. Un jour j’ai vu un policier se pencher vers un coquelicot, sans doute pour l’inspecter. C’est beau un coquelicot, on dirait un cœur qui bat. Et bien j’ai vu, je le jure de mes yeux vu, la fleur flétrir à son approche. Les gens sont mauvais : on trouve derrière eux, épars et piétinés, des tas de pétales fanés…

Viens, allons nous promener m’a-t-elle dit en sortant de la douche, si belle en Venus des neiges. Nous sommes passés par le bureau de tabac qui jouxte le square à l’entrée des bois. Assis par terre, dans un coin, le facteur se lamentait : pendant sa course folle, il avait égaré une lettre. Elle lui a offert son plus joli sourire, qu’il s’est empressé d’épingler au revers de sa veste, et s’est senti mieux. J’étais un peu jaloux, mais sur le chemin de notre promenade, elle a su se faire pardonner. La nature veillait sur nous. Ses cheveux d’ange aux tresses nouées par de petits rubans de couleur dansaient au vent. Ses yeux contemplaient le soleil déclinant. L’astre était en feu : il disparaissait derrière les abysses de la nuit naissante. Navire de lumière avalé par l’obscurité. Incendie cosmique. Et dans un dernier hoquet de résistance, l’horizon s’est mis à flamboyer, troublant le calme du soir et bousculant la mosaïque des étoiles. Impassible, s’élevait, se couvrant peu à peu de neige, arrosant la nuit de sa lumière blême. Les feux de la ville brillaient d’un éclat menaçant. Nous avons repris le chemin de notre nid. Les arbres s’inclinaient respectueusement devant nous. Peut-être était-ce le vent qui les faisait se courber. Mais je préfère penser qu’ils honoraient le passage de ma belle.  La neige ne la recouvrait pas : je me suis toujours demandé si elle n’était pas un peu fée. Parfois elles parlaient aux étoiles : je l’entendais pleurer doucement, en fredonnant de tristes chansons pleines de magie. C’est dans ces moments là qu’elles me parlaient d’amour…

Elle était rêve éclot sous la couvée du désir. L’ourlet de son nombril avait goût de citron chaud. Son sein était une rose pale et sous ma paume palpitaient ses pétales. Elle jouait du piano, et tandis que la neige inlassable continuait à diffuser les rayons de lune, une envolée d’ivoire caressait mes tympans. Parfois je l’accompagne à la guitare : nos mélodies liées sont riches de la chaleur qui caractérise tous nos gestes. Dans cette osmose à chaque fois renaissante, nos instruments s’entremêlent jusqu’à ne faire plus qu’un, musique universelle. Tout s’anticipe, tout se suit et tout se guide…

La musique est silence : c’est la récolte des sensations semées au gré des nuances lorsque aucune note n’est jouée et que la précédente n’est pas tout à fait à bout de souffle. Son jeu à la douceur d’une larme d’ange déposée avec fracas sur la cymbale de nos sens. Il y a dans notre relation une indéniable gémellité. Nous sommes tous deux abacules de la même mosaïque. Elle a quitté son piano pour s’approcher de moi. « J’ai rêvé de nous hier soir. C’était irréel. Nous étions dans un jardin. Un immense jardin. Tu étais assis par terre, et je me suis éloignée de toi, en direction d’une fontaine au marbre étincelant. En chemin mes pas ont semés des orchidées. C’est alors que je me suis aperçue que nous étions nus. Je t’ai souri et je me suis penchée pour boire. Il faisait bon et beau et tu t’es levé pour me rejoindre. Et tandis que tu marchais vers moi, je me suis caressée, ce qui a fait naître en toi un désir des plus fiers. Nous avons fait l’amour au pied de la fontaine qui s’es alors mise à déborder. Je ruisselais d’un plaisir double, toi sur mon dos, et l’herbe humide et ferme à la fois qui s’insinuait partout où tu n’étais pas. Nos deux corps se sont alors embrasés, au sens propre du terme. Nous n’étions plus que flammes. C’est à ce moment que je me suis réveillée. En nage. Tu dormais paisiblement à coté de moi, un sourire malicieux en guise de bouche… »

Après avoir semé en elles mes graines d’amour, nous nous sommes endormis à même le sol, enlacés plus prés que ne peuvent l’être la lune et le ciel. Au sortir du sommeil, il n’y avait personne à mes cotés. Le piano semblait vibrer d’une note sourde. Je l’ai appelée. Puis je l’ai cherchée.

Elle avait disparu…

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Pixies - The Happening

[Propedeutique Poétique]

Il s’agit bien d’écrire pour se raconter. Faire de cet assemblage de bits des mots et des sons. Des couleurs et des odeurs. Réinventer les synesthésies, avoir au vent de quoi passer le temps et ne plus entendre en soi que le crépitement du clavier dans la nuit. A l’encre noire ou bleue, selon les humeurs de soi, se sont substituées les pixels de l’écran et les diodes luminescentes.  Et comme la Ville un soir de Nuit, j’ai le regard plein de ce bleu électrique, torche divine s’il en est, où comment se sentir Roi même vêtu de haillons, les doits agiles en guise d’épée, pour une écriture qui gouverne les âmes…

Je ne dessine plus mes lettres, j’en choisis le corps et la police. Je ne rature plus mes petits cahiers, j’efface et je coupe, je colle et je suis… Restent les échappées, ces langueurs de l’esprit, ces pauses de l’instant, qui fige le présent jusqu’à faire de moi un arrêt sur image. J’écris pour m’évader. J’écris pour raconter. J’écris pour être aimé. Mais par-dessus tout, j’écris pour ces moments de grâce, ces instantanés d’une émotion vécue, perçue, puis saisie à même le vif, en flagrant délit d’Essence…

C’est le privilège du poète d’être trop souvent en avance sur la trame de vie qu’il emprunte pour parvenir aux Sommets, ces champs élyséens qui l’attendent, et où il pourra y pleurer toutes les peines et les larmes, les perversions et les crimes, les morts et les nouveau-nés. Cette terre d’Olympe où s’adressant aux Dieux il demandera : Pourquoi ! avant de disparaître une dernière fois vers l’Horizon, hoquet de Jour sur une Nuit qui tombe… Non décidément je ne comprendrais jamais pourquoi l’autodestruction…

Camera au poing - BOSQUETS PROJECT par JR

Camera au poing - BOSQUETS PROJECT par JR

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