REGLE : écrire un texte comportant les mots suivants :” luminescent, acropole, kénophobie, tarabiscoté, mielleux, miasme, suffragette, usufruit, combler, habituel, dépenaillé, exocet, providentiel, languide, cabotin, beffroi, nervi, tempo, voilage, hasard”
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Je vous raconte une histoire… Sortie de ma tête par hasard…
La nouvelle m’avait frappée de plein fouet. Comme un exocet sur Bagdad un soir de couvre-feu. Elle ne pouvait pas me faire ça ! J’ai cavalé à en perdre haleine, complètement dépenaillé, le souffle haletant couvert par le glas des cloches du beffroi. Il me restait douze coups pour arriver au Nervi, douze coups pour descendre jusqu’au port, douze coups pour quitter Gênes avec toi ! Les globes luminescents qui éclairaient ma cavalcade étiraient sur mon chemin les ombres tarabiscotées des passants qui s’écartaient devant ma course folle : mon tempo infernal les amusait : on me prenait pour un cabotin, tout droit sorti de la Commedia dell’arte. J’ai fini par bousculer une vieille dame, sans doute une de ces ex-suffragettes, toujours aussi vigoureuse, qui pesta contre moi, et en même temps que d’innombrables miasmes, me cracha des insultes à travers son voilage. J’en fus désorienté, je n’entendais même plus les cloches : était-il trop tard ? Je déviai de mon itinéraire habituel, en empruntant le passage souterrain. Il y faisait noir à y combler une tombe, mais je surmontai ma kénophobie pour ne penser qu’à elle et à sa fuite, et ce bateau que je devais atteindre avant qu’il ne lève l’ancre… Je revoyais son regard languide, et je me disais que j’aurais du savoir y lire son désespoir… Enfin, les odeurs providentielles, d’iode et de vent, de poissons et d’essence… Je sortais du tunnel piéton pour poser mes yeux, presque par hasard, sur le Lioubov. Je me suis remis à courir vers le paquebot encore à quai, fouillant de mes yeux la foule des voyageurs et je l’ai trouvée tout de suite : elle se tenait à la balustrade, le regard perdu… C’est alors que la sirène a retentit… La fumée blanche qui s’échappait des cheminées devenait noire… J’ai accéléré, malgré ma poitrine blessée, malgré les pointes au cœur, et j’ai écarté d’un revers du bras les deux mousses qui voulaient ranger la passerelle. On me regardait. Elle me regardait… Il ne me fallut pas longtemps pour la rejoindre. Elle souriait.
-Tu allais partir sans me dire au revoir ?
- L’Acropole me manque…
- Et nous ?
- Mon mari…
- …est un goujat qui ne te rend pas heureuse…
Nous n’avons jamais terminé cette conversation. Le service de sécurité arrivait à notre hauteur. Je l’ai regardée dans les yeux, et j’ai compris ce qu’elle attendait. L’usufruit qu’elle réclamait à l’amour se passait de mots. Je l’ai attrapée par les mains, et nous avons plongé dans cette eau froide encore des restes de la nuit, malgré le Soleil levant, malgré les moteurs et le gasoil. Nous sommes restés longtemps agrippés l’un à l’autre. Nous avons rigolé comme des enfants, fait l’amour comme des amants, et nous n’avons pas dit un mot de la journée. Rien de mielleux. Aucune promesse. Pas besoin. Nous savions déjà que tout était écrit…”