[Casino]

Le fard est dardé de passion. Une robe rouge vif qui tranche avec le brun de sa peau. On devine sa poitrine sous la fine étoffe. Le dur de ses hanches a le tranchant des hivers torrides passés sous la couette à regarder fondre l’émoi… Parfois elle se retourne et jette aux spectateurs d’un soir le plus feu des regards.  A table, le désir est plus que palpable. Ses ongles  incarnats caressent les cartes. Dans la moiteur ambiante des sunlights et du strass, sa langue se hasarde souvent sur sa lèvre supérieure, comme pour ramener à la vie une bajoue trop mordillée, passant d’une commissure à l’autre en un éclair…

Ils ne sont plus que deux. L’homme la dévisage sans arrêt, cherchant à lire son jeu. Je vois à la dilatation de ses pupilles, à sa main crispée sur sa pile de jetons, à cette moiteur des sourcils qui le fait plisser des yeux qu’il ne pense pas qu’aux cartes. Son regard semble s’être fondu dans le généreux décolleté de la robe rouge…

Autour d’eux se massent de plus en plus de monde. On approche de la fin de la partie, et malgré le bruit assourdissant généré par le cliquetis des machines à sous, le brouhaha des badauds, l’entrechoquement des verres d’alcool, le silence semble avoir pris place en compagnie des deux joueurs. Il y a sur la table plus de cent mille dollars, et cette paire d’As insolente qui semble promettre à l’homme la victoire…

Tout doucement, elle remonte sa bretelle droite, provoquant un frisson d’émoi dans l’assistance : même le croupier y va de son coup d’œil prolongé, la faute à ces seins qui semblent la précéder d’une bonne longueur en tout lieu… Puis l’air de rien, elle vide d’un trait son verre de champagne, se levant de sa chaise dans le même mouvement, la tête en arrière, la gorge déployée, comme offerte. Et plus elle rafraichissait son palais, plus celui des hommes présents s’asséchait…

Reposant la coupe sur le liseré en bois de la table verte, elle avance alors tous ses jetons, semblant mettre au défi, toujours debout, son adversaire. Des applaudissements se firent entendre  un peu partout. Le rapport de force s’inversait : tapis pour un Roi et un Valet de pique, contre ces deux As et les quelques jetons de leur propriétaire…

Bluff ?

Elle profita de ce moment de flottement pour se pencher vers le croupier et lui glisser un pourboire, ce qui eut pour effet de dévoiler un peu plus cette merveilleuse poitrine qu’on croirait tout droit sortie d’un film de Fellini… Et comme par symétrie, la courbette accentua aussi le délié de ses hanches et le plein de ses fesses. C’est sans doute cette vision des plus impertinentes, cette robe qui semblait dessinée sur la peau de la joueuse, qui acheva de motiver son adversaire. Lui aussi avançait tous ses jetons, le regard un peu torve, l’air perdu entre l’appât du gain et le désir…

Je surprenais plus d’un homme présent la bave virtuelle aux lèvres, essayant sans doute de répondre à la question que l’absence de coutures sur sa robe avait soulevé : nue ou pas nue sous ce rouge ?

Le croupier allait continuer la distribution des cartes : flop, tournant puis rivière… Une à une les cartes tombent, sans appel : d’abord un As de pique, un Huit de trèfle et un Valet de cœur. L’homme est en tête avec son brelan d’As, à peine inquiété par une paire de Valets. Puis le suspense est relancé avec cette Dame de pique, qui offre la perspective d’une Quinte Flush…  Ne manque plus qu’une carte… La brune a planté son regard dans les yeux de son opposant. Lui imagine la consoler avec ses gains, et qui sait, pourquoi pas réussir à lui faire retirer cette robe. Elle ne pense qu’à en finir avec cette partie pour retrouver son amour.  Le croupier un brin théâtral semble être de mèche avec l’Horloge : la dernière carte est dans ses mains, et prend tout son temps pour se jeter à table…

10 de pique ! Quinte Royal gagne !

La mine déconfite du perdant n’a d’égal que le port altier et fier de son bourreau. Le pauvre n’a même pas le temps d’être fair-play : la robe rouge semble flamboyer à présent. Debout, elle ondule de toutes ses formes pour chercher un regard tout en rassemblant ses gains. Elle évite son malheureux adversaire, qui aura décidément tout perdu ce soir forcé qu’il est de remballer sa drague, et se faufile dans une foule ravie de pouvoir frôler ce corps, cette femme, ce désir incarné.

Un large sourire illumine sa féminité : elle a trouvé l’objet de son désir.

Elle me regarde.  Me remercie d’avoir attendu. Puis m’embrasse sous le regard ébahi du croupier, du perdant et des badauds : elle brune de force et d’érotisme, moi blonde de feu et de sensualité. Nos deux robes se mêlent l’une à l’autre. Et nos lèvres et nos cuisses et nos mains…

Notes